Peut-on utiliser une IA au service client en respectant le RGPD ?

Photo de Nicolas Pellissier, cofondateur et CPO de Klark
Nicolas
Published on
20/10/2026

Oui, vous pouvez utiliser une IA au service client en respectant le RGPD, à condition de cadrer cinq points : un contrat de sous-traitance avec l'éditeur, une base légale et une information claire des clients, la minimisation des données envoyées aux modèles, la maîtrise des transferts hors de l'Union européenne, et une intervention humaine sur les décisions qui comptent. Depuis le 2 août 2026, le règlement européen sur l'IA ajoute une obligation simple : dire au client qu'il échange avec une IA.

Ce guide détaille chaque point, les questions à poser à un éditeur et la façon dont Klark traite les données personnelles. Il ne constitue pas un avis juridique : faites valider votre projet par votre DPO ou un juriste.

Logo RGPD (GDPR) : cercle d'étoiles jaunes du drapeau européen et cadenas sur fond bleu
GDPR is adopted by the European Union

Quelles données personnelles une IA de service client traite-t-elle ?

Un ticket e-commerce en contient presque toujours : nom, e-mail, téléphone, adresse de livraison, numéro de commande, parfois un IBAN pour un remboursement ou une photo du produit reçu. Certains messages vont plus loin : un cadeau de naissance, un deuil, un problème de santé évoqué en passant. Une responsable d'une marque de cartes personnalisées le disait en rendez-vous : « on partage des données qui sont très sensibles », avec « des moments de vie qui sont importants ».

L'IA lit ces messages pour proposer ou envoyer une réponse. Elle s'appuie aussi sur votre historique de tickets pour apprendre votre ton et vos réponses. Ces deux usages sont des traitements de données personnelles au sens du RGPD.

Qui est responsable des données : vous ou l'éditeur ?

En général, votre marque est responsable du traitement : elle décide pourquoi et comment les données de ses clients sont utilisées. L'éditeur de l'IA est sous-traitant : il traite les données pour votre compte. L'article 28 du RGPD impose alors un contrat de sous-traitance (souvent appelé DPA) qui fixe les instructions, la sécurité, la confidentialité et l'accord préalable pour les sous-traitants ultérieurs, comme un fournisseur de modèle de langage.

La question revient souvent en démo, sous cette forme directe : « Vous avez un DPA là-dessus ? » Exigez-le avant tout test sur données réelles, et lisez la liste des sous-traitants ultérieurs.

Sur quelle base légale utiliser une IA au service client ?

Répondre à un client qui vous écrit relève en général de l'exécution du contrat ou de votre intérêt légitime à traiter sa demande. Utiliser l'historique de tickets pour améliorer les réponses est un usage distinct, à documenter.

Dans ses recommandations du 19 juin 2025, la CNIL indique que l'intérêt légitime est une base possible pour développer un système d'IA, avec des garanties fortes. Elle cite l'exemple de conversations d'un agent conversationnel réutilisées pour améliorer un modèle : il faut alors informer les personnes, leur permettre de s'opposer et se limiter à des données pseudonymisées ou anonymisées.

Dans tous les cas, mettez à jour votre politique de confidentialité : usage d'une IA, finalités, sous-traitants, durées de conservation.

Faut-il dire au client qu'il parle à une IA ?

Oui. L'article 50 du règlement européen sur l'IA (règlement 2024/1689) impose d'informer les personnes qu'elles interagissent avec un système d'IA, sauf si c'est évident. Cette obligation s'applique depuis le 2 août 2026. Le « Digital Omnibus » adopté en 2026 a reporté les échéances des systèmes à haut risque, mais pas cette obligation d'information.

En pratique :

  • Chatbot : un message d'accueil clair, du type « Je suis l'assistant IA de la marque. Un conseiller peut prendre le relais. »
  • Réponse automatique par e-mail : une mention en signature.
  • Copilote : un agent relit et envoie la réponse. L'échange reste humain, mais mentionnez l'usage de l'IA dans votre politique de confidentialité.

Nous détaillons ce règlement dans notre article sur le RIA et le service client.

L'IA peut-elle refuser seule un remboursement ?

C'est le point le plus délicat. L'article 22 du RGPD donne aux personnes le droit de ne pas faire l'objet d'une décision fondée uniquement sur un traitement automatisé, quand elle produit des effets juridiques ou les affecte de manière significative. Un refus de remboursement ou de garantie décidé par une IA, sans humain, peut entrer dans ce cadre.

La règle simple : laissez l'IA informer (politique de retour, statut d'un remboursement, étapes à suivre) et gardez les décisions engageantes chez un agent. Prévoyez toujours un moyen de joindre un humain et de contester.

Les données peuvent-elles partir hors de l'Union européenne ?

Les grands modèles de langage sont souvent proposés par des entreprises américaines. Un prospect posait la question franchement : « Anthropic et OpenAI, ils sont américains ? » Un transfert hors de l'UE est possible s'il est encadré : décision d'adéquation, clauses contractuelles types ou autre garantie prévue par le chapitre V du RGPD.

Pour les États-Unis, le Data Privacy Framework sert de décision d'adéquation. Le Tribunal de l'Union européenne l'a validé le 3 septembre 2025 (affaire T-553/23), et un pourvoi est pendant devant la Cour de justice (affaire C-703/25 P). Le cadre s'applique donc, mais il peut évoluer. La meilleure protection reste de ne pas envoyer de données personnelles aux modèles.

Faut-il une analyse d'impact (AIPD) ?

L'article 35 du RGPD impose une analyse d'impact quand un traitement présente un risque élevé, notamment avec une nouvelle technologie. Une IA qui lit tous vos tickets peut en relever selon le volume, la nature des données et le degré d'automatisation. Votre DPO tranche. Demandez à l'éditeur la documentation qui vous aidera à la remplir : flux de données, sous-traitants, mesures de sécurité.

Quelles questions poser à un éditeur d'IA ?

QuestionPourquoi la poserRéponse attendue
Avez-vous un contrat de sous-traitance (DPA) ?Obligatoire (art. 28)Oui, avec la liste des sous-traitants ultérieurs
Où sont hébergées les données ?Transferts hors UE (chapitre V)Un lieu précis et des garanties écrites
Quelles données envoyez-vous aux modèles ?MinimisationDes données pseudonymisées, sans identifiants directs
Vos modèles s'entraînent-ils sur nos tickets ?Finalité et confidentialitéNon, ou seulement avec votre accord écrit
Nos données sont-elles séparées de celles des autres clients ?ConfidentialitéOui, cloisonnement par client
Combien de temps gardez-vous les données ?Limitation de la conservationDes durées écrites, par type de donnée
Quelles décisions l'IA prend-elle seule ?Décision automatisée (art. 22)Aucune décision engageante sans humain
Quelles certifications de sécurité avez-vous ?Sécurité (art. 32)Un audit externe et des rapports disponibles

Comment Klark protège-t-il les données de vos clients ?

Cadenas au centre de documents et de données, symbole de la protection des données personnelles
We protect your data

Klark traite les données personnelles selon un principe simple : les modèles de langage ne reçoivent jamais d'identifiants directs.

  • Anonymisation par défaut des données personnelles classiques : nom, prénom, e-mail, téléphone, adresse, IBAN.
  • Paramétrage par marque : certaines données propres à votre activité, comme des codes promo, peuvent être traitées comme personnelles. À l'inverse, une donnée utile et non personnelle, comme l'adresse de votre entrepôt de retour, peut être autorisée.
  • Pseudonymisation dans le flux : pour rédiger une réponse personnalisée, les données sont remplacées par des valeurs neutres, puis réinsérées seulement à la fin, dans la réponse.
  • Bases de connaissances anonymisées : les données personnelles sont retirées avant d'entrer dans la base apprise sur votre historique.
  • Pas d'entraînement sur vos données : elles ne servent pas à entraîner les algorithmes de Klark et restent cloisonnées entre clients.
  • Hébergement principal en Europe, certification SOC 2 Type 2 et surveillance continue de la conformité.
  • Plusieurs modèles : Klark choisit le modèle adapté à chaque tâche (OpenAI, Mistral, Anthropic…), toujours avec des données pseudonymisées.
Bulle de dialogue : « No personal data, no personalized answer » (sans données personnelles, pas de réponse personnalisée)
There is a legitimate purpose to use personal data

Le détail est sur notre page sécurité et RGPD. Pour comprendre comment l'IA apprend de vos tickets, lisez notre article sur la base de connaissances construite à partir des tickets.

Comment lancer un projet d'IA conforme, étape par étape ?

  1. Impliquez votre DPO dès le départ, avant le premier test sur données réelles.
  2. Signez le DPA et vérifiez la liste des sous-traitants.
  3. Cartographiez les flux : quelles données sortent du helpdesk, vers où, pour combien de temps.
  4. Mettez à jour votre politique de confidentialité et vos mentions d'information.
  5. Commencez en copilote : un agent relit chaque réponse pendant la phase de test.
  6. Définissez ce que l'IA ne décide jamais seule : refus de remboursement, exception, litige.
  7. Affichez la mention IA sur le chatbot et les réponses automatiques.

Pour aller plus loin sur le cadrage d'un projet, voir aussi les questions à se poser avant de se lancer.

Frequently Asked Questions

Une IA de service client est-elle compatible avec le RGPD ?

Oui, si le traitement est encadré : contrat de sous-traitance, base légale, information des clients, minimisation des données, transferts maîtrisés et intervention humaine sur les décisions importantes.

Faut-il le consentement des clients pour utiliser une IA ?

Pas forcément. Répondre à une demande relève souvent du contrat ou de l'intérêt légitime. Réutiliser les conversations pour améliorer un modèle demande des garanties supplémentaires, selon la CNIL : information, droit d'opposition, données pseudonymisées.

Doit-on signaler au client qu'il parle à un chatbot ?

Oui. L'article 50 du règlement européen sur l'IA l'impose depuis le 2 août 2026, sauf si c'est évident.

Peut-on utiliser des modèles américains comme ceux d'OpenAI ou d'Anthropic ?

Oui, avec des garanties de transfert. Le plus sûr est de ne leur envoyer que des données pseudonymisées, sans nom, e-mail ni adresse.

L'IA peut-elle refuser un remboursement toute seule ?

Mieux vaut l'éviter. Une décision défavorable prise uniquement par une machine peut relever de l'article 22 du RGPD. Laissez l'IA informer et un agent décider.

Qui fait l'analyse d'impact, la marque ou l'éditeur ?

La marque, en tant que responsable du traitement. L'éditeur doit lui fournir les informations nécessaires.

Vous voulez voir comment Klark traite vos tickets sans exposer les données de vos clients ? Demandez une démo.

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